Un café suspendu…

Nous vivons toutes et tous un moment extrêmement difficile. Pour la première fois depuis de très nombreuses années, la santé de toutes et de tous est en danger. Nous applaudissons avec ferveur les efforts des médecins et de tout le personnel de soin, ainsi que des travailleuses et travailleurs des autres secteurs directement engagés dans la lutte contre cette pandémie. Ils font des miracles, souvent en mettant en danger leur propre santé, et de cela nous ne pouvons que les remercier du fond du cœur.

Les conséquences pour l’économie sont sous les yeux de toutes et de tous: nous n’avons pas vécu une crise d’une telle ampleur depuis très, très longtemps. Et comme cela a été souligné par les spécialistes, cette crise impacte de façon particulièrement importante les indépendants. Mon épouse et moi-même sommes indépendants et assistons à une vague d’inquiétude tout à fait justifiée qui traverse notre secteur, toute profession confondue. En nous interrogeant sur ce qui serait possible de faire pour soutenir concrètement ce secteur, mon épouse a eu une idée brillante: «Et si on adoptait le modèle du « café suspendu »?»

Beaucoup connaissent ce modèle inventé il y a longtemps par les Napolitains: on se rend dans un café et au lieu de commander un espresso, on en commande (et on en paie) deux. L’un des deux cafés reste « suspendu ». Cela signifie qu’il ne sera pas servi tout de suite. Il sera disponible pour quelqu’un qui ne pourrait pas s’en offrir un. C’est un modèle qui repose sur la responsabilité individuelle: de la personne qui paie le café qu’elle offre à un inconnu, et du cafetier qui encaisse tout de suite de l’argent pour un café qu’il ne servira que plus tard et sur demande. C’est un modèle construit sur la solidarité: un café c’est un petit plaisir que tous méritent, aussi ceux qui n’ont pas les moyens d’en déguster un. Ce modèle permet à chacun de satisfaire son besoin d’être attentif à l’autre, à celui qui, aujourd’hui, traverse un moment dur.

Mon épouse, qui est dotée de sens pratique, propose donc que nous nous engagions vis-à-vis des indépendants en achetant aujourd’hui des biens et des services dont nous ne profiterons que plus tard, une fois la crise du Covid-19 surmontée. Cela permettrait aux commerçants et aux indépendants de ne pas connaître de crise de liquidité et pourrait contribuer à alimenter un sentiment général de confiance qui ne serait pas un luxe dans la situation actuelle. J’ai adhéré à la proposition de mon épouse. Ce qui me reste à faire, c’est de passer en revue les indépendants de mon entourage et de commencer à acheter des biens et des services que je laisserai « suspendus ».

Nous surmonterons certainement cette crise avec notre responsabilité individuelle et avec notre solidarité. Voici une bonne occasion de pratiquer les deux simultanément. Alors, qu’en dites-vous, prêts à vous offrir un café ’suspendu’? Je souhaite à toutes et à tous une bonne santé (jamais ce souhait n’a été plus pertinent) et je vous encourage à respecter les consignes des autorités. La vague va passer. Tout ira bien!

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Photo by Nathan Dumlao on Unsplash