Question de confiances

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Question de confiances

Quelques considérations sur l’une des questions les plus récurrentes dans l’univers du coaching

Mes collègues coaches pourront confirmer que le plus souvent, les clients ont recours à nos services et nos compétences parce qu’ils ressentent un « manque de confiance en soi ».

Ne pouvant plus « se faire confiance », ils ressentent un manque de détermination, une sorte d’incertitude ou de timidité qui les plonge dans l’inaction ou dans le doute. Ils remettent en question leurs compétences ou certaines de leurs convictions, voire de leurs certitudes.

C’est un ressenti qui peut être très douloureux et provoquer une détresse réelle, quel que soit l’environnement dans lequel il se manifeste : milieu professionnel, cadre familial ou relations sociales.

En réfléchissant sur la question, je suis arrivé à la conclusion qu’il serait plus pertinent de parler de manque de confiances (au pluriel, donc).

Je suis parvenu à la conviction que nous nous sentons confiants lorsque nous pouvons ressentir de la confiance vis-à-vis de nous-mêmes, de la confiance dans les relations avec les personnes qui nous entourent, de la confiance vis-à-vis de l’environnement-système dans lequel nous sommes appelés à agir. Dans l’idéal, nous pourrons travailler sur le développement des trois niveaux de confiance pour qu’ils s’alimentent réciproquement et s’épanouissent simultanément.

Confiance en soi

La confiance en soi est la confiance que nous pouvons ressentir par rapport à notre représentation du monde, notre perception subjective du monde qui nous entoure.

Notre « carte du monde » se construit au travers de nos expériences sensorielle et aussi de nos interprétations, constructions abstraites, pensées.

Plus la carte du monde est le résultat de notre vie expérientielle et plus elle se rapproche de la réalité telle qu’elle est. Nous utilisons ensuite le langage pour symboliser ces expériences.

Le langage représente donc la synthèse symbolique de notre appréhension de la réalité.

C’est pourquoi en enrichissant nos expériences sensorielles, nous enrichissons notre langage en cherchant les termes qui pourront restituer l’expérience de la façon la plus précise.

De même, en enrichissant notre langage, nous pouvons parvenir à une meilleure compréhension du monde qui nous entoure, développer un plus grand nombre d’options qui seront là, à portée de main, chaque fois que nous en ressentirons le besoin.

Agrandir sa disponibilité à « expérimenter » le monde et être prêt à développer un langage plus riche et plus varié peuvent donc nous aider à développer une plus grande confiance en nous-mêmes.

Pour utiliser une métaphore, imaginez que vous vous trouver dans un pays étranger et que quelqu’un, en toute bonne fois, vous ait donné une carte du pays incomplète et obsolète. Il vous sera très difficile de vous repérer. Vous pourrez certainement reconnaître certains éléments tout en vous sentant complètement perdus lorsque vous vous trouverez dans les endroits qui n’apparaissent pas dans la carte.

Vous ne pourrez pas « faire confiance » à la carte en question parce que vous vous rendez vite compte qu’elle ne représente pas les lieux avec suffisamment de détails et de précision et, peut-être, vous pourrez ressentir une forme de désarroi dû au manque d’informations utiles.

La confiance en soi est la confiance que nous portons à notre « carte du monde ». Du moment où nous avons l’impression que notre carte est incomplète ou obsolète, nous sentons le même désarroi que la personne qui disposerait d’une carte inadéquate.

C’est en percevant le monde et sa complexité que nous développons nos capacités, nos compétences. Nous faisons l’expérience du monde, de l’environnement dans lequel nous évoluons, et nous apprenons relativement vite que certains comportements sont plus efficaces que d’autres, qu’ils représentent une réponse satisfaisante à nos questions. Nous les codifions donc en capacités, en compétences, ces dernières représentant la maîtrise de comportements efficaces.

Notre perception du monde contribue largement aussi à la construction de notre système de valeurs, c’est-à-dire de ce qui est vraiment important pour nous, et également à nos convictions, nos croyances. C’est pourquoi le fait de disposer d’une carte du monde incomplète peut impacter la confiance que nous avons en nous-mêmes, en nos capacités, en nos ressources.

Et parfois, nous faisons un raccourci entre notre capacité à déployer nos ressources et notre propre identité. Nous entendons beaucoup plus souvent dire : « Je suis nul dans ceci ou dans cela… », plutôt que : « Je n’ai pas encore appris à maîtriser telle ou telle autre compétence… ».

Le jugement est porté sur notre personne, notre identité, plutôt que sur nos compétences.

Or la confiance est la « prédictibilité du succès d’une action engagée ». En d’autres termes (moins barbares), nous nous faisons confiance lorsque nous nous sentons sûrs de réussir dans la chose que nous nous apprêtons à faire. C’est donc une question de compétences et non d’identité. Ou parfois, de notre perception de nos compétences, ce qui est encore plus à nuancer.

Confiance dans les relations

Posséder une carte du monde satisfaisante qui nous permet de développer la plus grande flexibilité est donc le premier pas vers la confiance.

Toutefois, nous pouvons ressentir un manque de confiance vis-à-vis des personnes qui nous entourent. En effet, leurs cartes du monde peuvent ne pas correspondre à la nôtre et cela est franchement déstabilisant : comment faire confiance à quelqu’un qui voit les choses d’une façon complètement différente de la nôtre ?

Deux solutions empiriques me viennent à l’esprit :

  1. La philosophie de l’inclusion ou logique du trialogue
  2. L’enrichissement de la perception de chaque personne agissant dans la relation grâce au feedback

La logique du trialogue se résume en une simple formule : 1+1 = 3.

Dans l’approche systémique, il est d’usage d’affirmer que le système est plus grand que la somme des éléments qui le composent.

Deux visions du monde qui se réunissent donnent vie à quelque chose d’inédit et de puissant. Cette troisième entité est plus grande et plus puissante que la somme des éléments qui la composent.

Inclure la vision du monde d’autrui permet donc d’approfondir et d’amplifier la confiance en soi.

En ce qui concerne la feedback, sa pratique permet de repousser les limites de notre compréhension du monde. Le feedback que nous recevons nous fait accéder à un meilleur niveau de qualité de notre perception de nous et du monde. Le feedback nous aide également à améliorer nos compétences, nos capacités.

Son impact est donc très positif puisque la conséquence est une meilleure perception de ce dont nous sommes capables, des ressources dont nous disposons avec un bénéfice en termes de confiance en soi.

La confiance dans les relations augmente donc notre confiance en nous-mêmes.

Le feedback que nous donnons à l’autre lui révèle notre perception de la réalité et l’enrichit. L’autre pourra donc également augmenter son niveau de confiance en lui ou en elle par la valeur ajoutée du feedback.

Confiance dans l’environnement-système

Notre perception de notre environnement impacte notre confiance. Si nous avons des a-priori négatifs sur l’environnement-système dans lequel nous évoluons, ceux-ci impacteront négativement notre perception et feront baisser drastiquement notre niveau de confiance.

Un aspect dont nous pouvons tenir compte est que dans notre appréhension de la réalité, seulement le 8% concerne la réalité telle qu’elle est. Les 92% restants sont le fruit de nos biais cognitifs.

En d’autres termes, nous prenons nos constructions mentales, notre modèle du monde, pour le monde.

Nous sommes plus dans notre système de pensée que dans nos perceptions.

Si nous nous entraînons à être plus dans la perception sensorielle que dans la construction mentale, notre représentation de l’environnement-système dans lequel nous nous trouvons sera plus proche de la réalité. Cette perception sensorielle nous permettra de faire appel à ce que la psychologie appelle « l’épreuve de la réalité » et par conséquent, nous serons plus aptes à trouver des réponses en adéquation avec celle-ci.

D’un autre point de vue, il est important aussi que les personnes responsables de l’environnement-système (famille, organisation, entreprise…) agissent de façon à faire de celui-ci un lieu sécurisé qui assure un niveau de protection suffisant pour ne pas encourager l’émergence de pensées négatives, de doutes ou d’insécurité.

Se sentir « pris en otage », ou pire « pris au piège » dans un environnement peut affecter significativement la confiance dans les interactions avec les autres personnes évoluant dans le même environnement-système tout aussi bien que la confiance en soi.

Dès lors, que faire pour éviter ces énergies si toxiques ?

Protection, permission, puissance

La protection nécessaire au développement d’interactions positives et constructives aussi bien à l’intérieur du système qu’à l’extérieur de celui-ci doit être assurée par les responsables du système. S’il s’agit de la famille, ce sont les parents et les adultes qui portent cette responsabilité. Si c’est une école ou un centre de formation, ce sont les personnes en charge de l’instruction ou de la formation qui sont garantes de la protection des apprenants. Si c’est une entreprise, le comité de direction doit endosser la responsabilité d’assurer à tous les collaborateurs la possibilité d’évoluer dans un environnement sécurisé tant sur le plan physique que sur le plan émotionnel.

Trop souvent, les familles, les écoles et les entreprises basent leur fonctionnement sur la peur, sur la menace des sanctions éventuelles dans le cas où la personne ne satisferait pas ce le système attend d’elle.

Peur de ne pas appartenir à une famille, de ne pas incarner ses valeurs, ou de ne pas respecter ses règles (souvent implicites).

Peur de ne pas correspondre aux attentes des enseignants ou des formateurs et d’en subir les conséquences sur le résultat final de la formation (diplôme, certification).

Peur de ne pas satisfaire les attentes (souvent peu claires) des supérieurs hiérarchiques et de devoir en payer le prix (réprimandes, sanctions, licenciement).

Qu’il s’agisse de la famille, de l’école ou de l’entreprise, il faut aussi tenir compte de la possibilité d’être dévalorisé (en privé ou même en public), d’être mis à l’écart, d’être exclu.

Les manques de confiance en l’environnement-système sont transcontextuels : ils déploient leur énergie toxique à tous les niveaux.

Comment avoir confiance dans les relations qui se développent dans un environnement toxique ?

Comment se faire confiance dans un système qui peut vous rabaisser, vous dévaloriser, vous exclure ?

La confiance se construit jour après jour en contribuant à la réalisation de cadres sécurisés dans lesquels le sentiment d’être protégé déclenche les permissions qui nous permettent de déployer nos meilleures qualités, nos compétences, nos talents et par là-même, de développer des relations saines.

Il est essentiel d’établir et de maintenir des accords de collaboration basés sur la franchise, le non-jugement et l’assertivité.

Chacun de nous, au niveau qui est le sien, peut apporter une pierre à l’édifice en se posant trois questions:

« Quelle a été aujourd’hui ma contribution à l’évolution de ce système, de cet environnement ? »

« Quelle a été aujourd’hui la contribution des autres à mon développement ? »

« De quel façon mes interactions à l’intérieur de cet environnement m’ont permis de me développer ? »

Dans cet esprit d’inclusion et d’intégration, nous pouvons tous contribuer à la construction d’un monde où la peur retrouve sa place naturelle d’émotion dont le but est de nous préserver d’un point de vue biologique, et où chacun peut se donner la permission de devenir la personne qu’il veut réellement être, et dans lequel chacun de nous est prêt à donner à tous les autres la même permission.

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